From 3 roues vers le monde

Recit: Orphelinat

Deux premières semaines à Who Will ( 3 au 14 Mai )

L’orphelinat Who Will

Une quarantaine d’enfants, entre 6 ans et 19 ans, vivent au village Who Will. La plupart de ces enfants ont au moins un de leur deux parents en vie, et de la famille, qu’ils vont voir régulièrement pendant les vacances.
Ce ne sont pas de « véritables orphelins ». Leur famille n’a pas les moyens d’assurer leur sécurité, une alimentation convenable, leur éducation, etc… Suivant les chiffres de l’ONU, un tiers des Cambodgiens vit avec moins de 1 dollar par jour.
Ces enfants, venant bien souvent des régions rurales alentours, sont donc confiés à Who Will, qui se charge de leur construire un avenir.

L’idée du fondateur Gerald Trevor est de reconstruire un environnement familial au sein d’un véritable village, afin d’éviter la stigmatisation que peuvent ressentir les enfants issus des orphelinats. A terme, le village Who Will devrait comprendre 10 maisons, chacune étant tenue par un couple rémunéré qui y habitera avec ses propres enfants. La mission de ces couples est tout simplement de servir de parents de substitution, et de s’occuper des taches quotidiennes.

Toute cette organisation est en phase de rodage et de mise en route. Les enfants sont actuellement répartis dans 6 maisons. La première maison a été construite il y a seulement 3 ans et deux maisons viennent d’être terminées. Un seul couple est installé dans l’une des maisons, et dans trois autres maisons, ce sont des « mères de substitution » célibataires qui s’occupent des enfants à temps plein. Elles ont malgré tout un jour de congés par semaine pour se rendre dans leur famille. Une quatrième « mère de substitution » remplace tour à tour les mères absentes.

Deux maisons sont donc pour l’instant sans mère. Du coup, les plus grands y vivent plus ou moins en autonomie et prennent leurs repas dans la maison voisine. Des travaux viennent de commencer pour créer un champ de légumes, qui permettra aux maisons d’être plus autonomes sur l’approvisionnement en nourriture et éventuellement de dégager quelques recettes, si la production est bonne. Bref, le plus gros du travail est fait, mais il y a encore du pain sur la planche pour que ce concept fonctionne aussi bien sur le terrain que dans l’idée.
Le village Who Will dispose également de deux salles de classe : une enseignante Khmer et deux volontaires Australiennes se chargent des cours. Au Cambodge, les enfants vont à l’école publique seulement la moitié de la journée : un groupe le matin, un autre l’après midi. Who Will complète ainsi la journée d’école, en prenant également un groupe d’élèves le matin et un l’après-midi. L’école Who Will est bien entendu pour les enfants de l’orphelinat mais pas seulement. Les portes sont ouvertes aux enfants des alentours pour renforcer leur niveau et les aider à s’en sortir, à condition qu’ils soient assidus.

Avec nos yeux d’Européens, nous sommes étonnés de voir avec quel entrain les enfants du village viennent nombreux et volontiers à ces cours « supplémentaires ». Le matin, les cours commencent à 8h 30 à Who Will, mais lorsque nous arrivons au chantier à 7h, nous faisons souvent un bout de route en vélo avec les petits qui viennent du village…1h30 en avance !

Un tuk-tuk, avec chauffeur à plein temps, emmène et va chercher les petits à l’école primaire, les plus grands au lycée, et éventuellement les volontaires « non cyclistes », car Who Will est situé à 3km du village de Sala Lek Pram.


Notre mission

Un gros chantier de rénovation de l’intérieur des 6 maisons dans lesquelles vivent les enfants. Carrelage de tous les murs sur 1m20 pour garder les maisons plus propres et peinture au dessus du carrelage quand c’est nécessaire. Nous allons carreler environ une chambre par maison, le reste sera fait par une entreprise que l’on supervise. Voilà la quantité de carreaux à poser :

En parallèle, nous devons superviser l’entreprise qui va creuser un bassin de 1500m3 à proximité du futur champ de légumes. Ce bassin doit servir de réserve d’eau pour arroser les plantations. Les matériaux extraits lors du terrassement sont à régaler entre les maisons de façon à favoriser l’écoulement des eaux et éviter les inondations pendant les moussons.


Les premiers jours

Nous arrivons à Sala Lek Pram en vélo le 3 mai, vers midi. Alors que nous sommes en train tant bien que mal d’essayer de trouver l’orphelinat Who Will, une voiture s’arrête à notre hauteur : c’est Gerald, sa femme Roath et trois volontaires. Ils partent justement manger au restaurant, nous les suivons. Le premier contact est très bon. Les présentations sont faites, on nous explique le fonctionnement de Who Will. On nous emmène ensuite dans la maison des volontaires. C’est une maison typiquement Cambodgienne, avec une famille habitant au RDC, et l’étage réservé aux volontaires. Le problème c’est qu’il n’y a que 2 chambres, et il y a déjà deux volontaires qui vivent ici. On trouve finalement un arrangement : puisqu’une des volontaires n’est là que trois jours par semaine, nous prendrons sa chambre quand elle n’est pas là et nous dormirons dans le salon quand elle est là.

Nous filons ensuite à l’orphelinat et découvrons les 6 maisons, le bureau, les deux salles de classe, et les enfants bien studieux. Nous ne nous attendions pas à trouver quelque chose d’ « aussi bien ».
Le deuxième jour est globalement consacré à découvrir comment est organisé la vie d’un volontaire ici. Comment se rendre à l’orphelinat à vélo, où se trouve le marché, où acheter à manger, où se trouve internet, où récupérer l’eau potable, quelles sont les règles de vie dans la maison, etc…
Dès le troisième jour et malgré le fait que nous soyons un samedi, nous sommes attendus à 7h du matin pour le début des travaux. Les Cambodgiens travaillent 7 jours sur 7, toute l’année, et nous allons nous plier à leurs horaires pendant un mois. Nous passons globalement la journée à tomber les plinthes, avec un marteau et un burin, c’est parti pour les travaux !


La première maison

Nous attaquons les travaux par la maison n°6, une des deux maisons qui a été finie récemment et ça fait un peu mal au cœur de casser ces plinthes toutes neuves. Du coup, après en avoir discuté avec Gerald, nous décidons que dans les prochaines maisons, nous poserons le carrelage au dessus des plinthes existantes. Le carrelage ira un peu plus haut, 1m40 au lieu d’1m20 ce qui n’est pas plus mal et ça évitera de casser ce qui est encore en bon état !
Nous travaillons avec deux jeunes, probablement la vingtaine. Ils ne parlent pas un mot d’anglais et ne sont de toute façon pas très bavards… On réalise à quel point leur vie est dure : ils travaillent 7 jours sur 7, un travail franchement pas très drôle, pour une cinquantaine de dollars par mois, qu’ils donnent à leur famille, avec qui ils habitent. Ici les maisons sont vraiment familiales : oncles, tantes, cousins, cousines, grands-parents, petits-enfants… Ca permet de regrouper les revenus et de faire vivre toute la famille.
Une fois les plinthes enlevées, on s’attaque à la peinture : il faut retirer toute la peinture des murs car sinon le carrelage ne tiendrait pas. Il y a tellement de poussière qu’il est quasiment impossible d’y voir ou de respirer et ici, il n’a pas de vrais masques de chantier. Nous devons nous contenter de masques d’infirmiers.
Voilà l’état d’Olivier… Les narines et l’intérieur des oreilles entièrement blancs de poussière, c’est l’horreur !

Après quatre jours de préparation de la maison, nous nous attaquons au carrelage.

Un des deux mains d’œuvre a été remplacé par un carreleur. Nous passons la première heure à observer la technique de pose puis nous nous mettons à l’œuvre dans l’une des chambres. La première après-midi n’est pas très productive, nous devons trouver comment obtenir la bonne composition du ciment, réussir à poser les carreaux parfaitement droits alors que nous n’avons pas de croisillons, sur un mur qui n’est pas droit. Bref, à la fin de la journée, nous n’avons posé qu’une quinzaine de carreaux.

La deuxième journée est bien plus productive, nous sommes plus rapides et le résultat est franchement bien.
Nous finissons entièrement le carrelage de la chambre le troisième jour. Il nous reste encore à faire les joints.

Shopping à Phnom Penh

Comme nous ne carrelons qu’une chambre sur l’ensemble de la maison et que les ouvriers font le reste, nous avons un peu de temps devant nous. Cela fait déjà 7 jours que nous travaillons sans relâche et ce week-end est un week-end de 4 jours : c’est l’anniversaire du roi. Les enfants n’ont pas école et les autres volontaires sont parties à Phnom Penh ou en bord de mer. Nous décidons donc de nous accorder une petite journée « approvisionnement ». Après une semaine à Sala Lek Pram, nous avons envie de produits Européens… D’autant plus que nos colocataires ont du fromage, des pâtes, de la confiture, du chocolat, du beurre, etc… impossible à trouver ici !
C’est décidé, nous prenons notre samedi et filons à Phnom Penh. C’est encore plus facile que nous le pensions. Nous marchons jusqu’au centre du village et un bus arrive à toute allure, il doit forcément aller à Phnom Penh, nous agitons notre main de bas en haut, comme nous avons vu faire les locaux. Le bus s’arrête en catastrophe. Nous voilà partis.
Lorsque nous descendons du bus deux heures plus tard (pour faire 50km), nous ne savons pas très bien où nous sommes : ici, pas de gare routière, chaque compagnie de bus possède sa propre agence et les stationnements de bus qui vont avec. Nous nous repérons sur le plan d’un tuk-tuk. Nous savons où se trouve le supermarché puisque nous avions acheté quelque conserves de poissons pour l’orphelinat il y a 10 jours. Nous sommes à l’autre bout de la ville, mais ce n’est pas grave, ça va nous permettre de visiter.
Nous ne sommes pas déçus, après 20 min de marche, nous tombons non seulement sur un supermarché mais aussi sur un centre commercial ! On n’en avait pas vu depuis la Thaïlande ! Les tout derniers DVD sont en vente pour 1$, le supermarché arbore des produits « Netto » et « Top Budget », nous remplissons nos sacs avec tout ce qu’on ne trouve pas au village : des pâtisseries, du chocolat, de la charcuterie, des cornichons, de la viande, du fromage, du sirop, du vin, des bonbons, etc !
C’est donc chargés jusqu’au cou que nous partons à la recherche d’un bus, mais c’est bien plus difficile : il faut trouver le bon bus, et nous sommes mal partis, personne ne connaît le village ! Nous trouvons finalement un bus qui ne part que le lendemain… Il faut nous rabattre sur les vans / taxis…
Nous voilà lancés dans de longues discussions car les prix demandés sont exorbitants, pour monter à 8 avec les bagages dans une petite berline 5 places. Nous choisissons l’option van, qui nous semble un peu plus « confortable ». Mais nous attendons une bonne heure, le temps que 22 personnes s’entassent dans un van 11 places. Nous avons les sacs de courses sur nous et sommes complètement squeezés ! Que dire du chauffeur, qui est lui-même assis sur les genoux de quelqu’un !
Mais ce n’est pas fini : personne ne sait exactement où est le village où nous voulons aller. Nous savons que nous sommes sur la bonne route mais maintenant il fait nuit noire, rien n’est éclairé et franchement on ne reconnaît rien. Après une heure et demi à scruter les bas-côtés, le stress monte… le taxi a fait des détours pour déposer des gens et nous ne sommes pas surs de ne pas avoir raté le village, on ne reconnaît rien.
Le van s’arrête, tout le monde descend… le chauffeur nous dit de changer de véhicule et de monter dans une voiture, nous chargeons nos sacs dans le coffre, mais les étals du marché nous rappellent quelque chose… est-ce que nous sommes dans le village ou pas, nous avons un doute, c’est horrible. Nous essayons de retrouver des choses habituelles, la pharmacie est à la même place, c’est bien le village mais avec tous les rideaux de fer baissés, c’est méconnaissable. Nous sommes arrivés !
Nous reprenons à toute vitesse nos sacs, et partons en direction de la maison. Il pleut et sur le chemin nous avons toujours un doute. Dans ce noir total, nous glissons dans les flaques, évitons les énormes crapauds qui ont envahis la route, et enfin nous l’apercevons, la maison… Quel soulagement, voilà de bons produits qu’on aura bien mérités !

La première maison (suite)

Dimanche nous sommes de retour pour finir la chambre. Nous devons faires les joints et franchement, ce n’est pas plus facile, surtout par ces 40°C ! Nous sommes autant en nage que quand on fait du vélo.
Les derniers carreaux de la maison sont posés lundi. Nous aidons les petits à nettoyer et à déménager, ça tombe bien qu’ils soient en vacances ! Ils sont vraiment débrouillards, déménagent quasi seuls et nettoient tous leur chambre, même si leur notion de propreté est un peu différente de la notre !
Globalement les enfants ne sont jamais bien loin. Nous les voyons le matin avant qu’ils aillent à l’école, le midi pendant leur pause et le soir après les cours. Ce qui nous laisse le temps de nous amuser un peu !

Voilà donc une première maison de faite, en 10 jours. Nous réalisons qu’il sera impossible de faire les 6 maisons pendant notre séjour ici, malgré le fait que nous travaillons avec une entreprise !

Le bassin

En parallèle de tout ça, les travaux de préparation de la parcelle de légumes commencent. Et vu les artistes qui s’y emploient, un peu de contrôle s’impose ! L’entreprise doit creuser un bassin de 20m par 30m, sur 3m de profondeur pour un total d’environ 1500 m3 en tenant compte de la pente. Ce bassin fournira l’eau d’arrosage.
Le sol extrait est étalé sur le terrain entre les maisons, qui était un peu en contrebas et sur lequel se formait une belle piscine pendant les fortes pluies. Tout commence bien, le pelleur semble plutôt bon, le chantier est plutôt bien organisé avec deux camions qui font les rotations entre le futur bassin et les maisons où ils vident. Un bull est sur place pour étaler.

Nous installons quelques piquets de chantier avec l’altitude finale que le bull doit atteindre. Ces points de repères donnent une pente pour éloigner l’eau des maisons. Nous nous bricolons des nivelettes qui nous permettent de définir ces altitudes. Bref on a bien travaillé !

Après deux jours de travaux, le chauffeur du bull n’en a rien à faire de nos points et étale le sable comme bon lui semble. Son patron s’en fiche tout autant. Ils ont fait une forme en toit qui envoie l’eau vers les maisons… Mais ça ne les inquiète pas et ils sont juste complètement désinvoltes. Nous leur demandons à de multiples reprises de descendre le niveau mais ils nous répondent « oui oui » en rigolant, ayant toujours l’excuse de ne pas bien comprendre. Puis les engins partent.
Premières pluies et l’eau stagnent contre les maisons… GRRRR !!!

Gerald va devoir les faire revenir…

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